La chapelle du Monastère de Montbareil, à Guingamp

jeudi 27 octobre 2016
par  Jef Philippe
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Les sœurs de Montbareil ont quitté ce couvent en 2014. En hommage aux religieuses qui, au cours des siècles, y ont vécu, nous avons voulu réunir quelques notions d’histoire et quelques photos qui nous rappelleront les œuvres de foi et de charité qui ont pu naître entre ces murs vénérables.
Nous évoquerons successivement la fondation du monastère, sa chapelle, l’arrivée des Sœurs de la Croix, et la spiritualité qui a inspiré les moniales au cours des années.
(cliquer sur les photos pour les agrandir)

 Naissance du monastère de Montbareil (1676)

"Le XVIIe siècle fut […] marqué, à Guingamp, par l’arrivée en force d’ordres religieux féminins liés à l’active Réforme Catholique. [i] […]
Un […] ordre religieux féminin avait également élu domicile à Guingamp, sur l’emplacement de l’ancien monastère des Jacobins. A l’origine de cette fondation, il y a Madame des Arcis, originaire de la ville, elle se voua à l’œuvre des Refuges et contribua à créer le couvent de Montbareil où elle prit le voile. Dans ce monastère, étaient hébergées des jeunes filles et des jeunes femmes dont la conduite laissait à désirer. Certaines y furent placées en vertu de lettres de cachet royales. La construction, commencée en 1677, fut rapidement menée… [construction par Etienne Le Marchand, architecte brestois - ndlr]" (ibid).

Monastère de Montbareil : porte d'entrée du monastère -  voir en grand cette image
Monastère de Montbareil : porte d’entrée du monastère

 La chapelle

La chapelle, dont la première pierre fut posée le 3 décembre 1677, est en forme de croix latine orientée est-ouest. Les religieuses n’assistaient pas aux offices dans la nef avec le peuple, mais dans un emplacement qui leur était réservé à gauche du chœur.

Plan ancien comportant la chapelle -  voir en grand cette image
Plan ancien comportant la chapelle
Façade de la chapelle (rue Montbareil) -  voir en grand cette image
Façade de la chapelle (rue Montbareil)
Détail de la façade de la chapelle (rue Montbareil) -  voir en grand cette image
Détail de la façade de la chapelle (rue Montbareil)

Les caractéristiques architecturales de ce monastère sont comparables à celles des monastères des Ursulines et des Augustines, datant approximativement de la même époque, avec notamment, en ce qui concerne leurs chapelles, « les éléments décoratifs empruntés à la Renaissance : frontons, colonnes, pilastres, frises à l’antique, balustres, pots à feu, niches. » C’est l’utilisation d’éléments de l’architecture antique. Les pierres sont en « granite local beige ocré, très soigneusement appareillé. »

Partie supérieure de la façade de la chapelle avec statue de la Vierge -  voir en grand cette image
Partie supérieure de la façade de la chapelle avec statue de la Vierge

 Les Sœurs de la Croix prennent le relais

Au moment de la Révolution, les religieuses de Notre-Dame de Charité du Refuge furent dépossédées et Montbareil fut transformé en prison, voire en caserne. C’est en 1820 que le monastère fut acheté par les Sœurs de la Croix, qui y développeront école, pensionnat, animation spirituelle. En 1913, le docteur Rouault, chirurgien, y fonde une clinique. En 1976, les Sœurs de la Croix fusionnent avec d’autres congrégations pour former celle des Sœurs du Christ, le monastère devenant leur maison de retraite. En 2014, ces dernières quittent les lieux et le monastère est actuellement en vente.
Voir à ce sujet, sur ce même site paroissial, l’article : http://paroisse-guingamp.catholique…

 Spiritualité : le cœur et la croix

Deux démarches spirituelles ont imprimé leurs marques à cette chapelle et aux bâtiments du couvent (dont la partie ancienne fut construite en 1710). Toutes deux s’inscrivent dans la Contre-Réforme catholique initiée à la suite du Concile de Trente (1542). Toutes deux se réfèrent à une spiritualité où la douceur a valeur de force. Il s’agit d’une part des religieuses de Notre-Dame de Charité du Refuge qui fondèrent le couvent de Montbareil en 1676 comme narré au début de cet article, et d’autre part des Sœurs de la Croix, qui rachetèrent le couvent en 1820.

Les premières étaient reliées directement au saint normand Jean Eudes (1601-1680) par sa compatriote Mère Marie de la Trinité Heurtault. Celle-ci fut l’une des chevilles ouvrières de la venue à Montbareil de cet ordre religieux voué à la ré-éducation des prostituées. Or, Jean Eudes fut l’un des propagandistes en France du culte des saints cœurs de Jésus et de Marie. Pour faire bref, sa spiritualité se fondait sur la douceur du Christ et de sa Mère, et il reliait Celui dont le cœur fut transpercé sur la croix à celle qui, toute jeune maman, reçut la prophétie du vieillard Siméon : « un glaive te transpercera le cœur » (Luc 2, 34-35). Cette référence aux deux cœurs est présente dans une pierre sculptée portant la date de 1736, année de l’élévation de l’immeuble des pénitentes. Les deux cœurs sont enflammés, rappelant l’ardeur, le caractère brûlant de l’amour. À gauche, marqué d’une croix, le cœur de Jésus ; à droite, marqué d’une entaille, celui de Marie.

Date : 1736 & deux cœurs -  voir en grand cette image
Date : 1736 & deux cœurs

Quant aux Sœurs de la Croix, « leur vocation est la formation humaine et chrétienne des femmes par la création de retraites spirituelles, l’instruction et l’éducation des filles ». Venues de Tréguier en 1820, elles se réfèrent à deux saints ayant influencé les débuts de leur congrégation : François de Sales et Vincent de Paul. Les statues de ces deux saints encadrent le chœur de la chapelle et ils sont représentés sur les vitraux de 1901.

Chœur de la chapelle -  voir en grand cette image
Chœur de la chapelle

 François de Sales et Monsieur Vincent

Saint François de Sales (1567-1622), qui prônait entre autres la dévotion au Sacré Cœur de Jésus, fonda l’ordre des Visitandines qui acceptait des femmes de toutes conditions. Il voulait développer la piété dans la vie quotidienne. Une de ses devises était : « Rien par la force, tout par la douceur ». Ouvert à l’éducation des masses, c’est de lui que se réclament les Salésiens, congrégation vouée à l’éducation.

Statue de St Vincent de Paul, à g. du chœur -  voir en grand cette image
Statue de St Vincent de Paul, à g. du chœur
Statue de St François de Sales (dans le chœur, à d.) -  voir en grand cette image
Statue de St François de Sales (dans le chœur, à d.)


Pour ce qui concerne Monsieur Vincent, ou Saint Vincent de Paul (vers 1581-1660), on connaît son dévouement au service des pauvres. Il a notamment fondé les Sœurs de la Charité (ou Sœurs de Saint Vincent de Paul), dont l’emblème est un Christ en croix sur fond de cœur enflammé.

 L’amour qui engage

On voit que ces saints patrons, dont l’un (Jean Eudes) fut contemporain de la fondation du monastère, veulent initier une réponse missionnaire à la bonté du Christ, symbolisée par le cœur, d’une part, et par la croix couronnée d’épines d’autre part. La couronne d’épines renvoie au Christ tourné en dérision, souffrant sa passion dans le don total de Lui-même sur la croix. Ces symboles sont reproduits à différents endroits du monastère comme en témoignent les photos qui suivent. La date de 1854 correspond à des travaux rendus possibles par la vente d’un terrain.

Date 1854 et croix -  voir en grand cette image
Date 1854 et croix
Croix et couronne d'épines au sommet de la façade de la chapelle -  voir en grand cette image
Croix et couronne d’épines au sommet de la façade de la chapelle
Croix au-dessus de la porte du n° 12 rue de Montbareil, près de l'entrée du monastère. -  voir en grand cette image
Croix au-dessus de la porte du n° 12 rue de Montbareil, près de l’entrée du monastère.

Certes, la notion de « cœur » héritée de la Bible dépasse de très loin toute sentimentalité. Bien plus, cette spiritualité invite à l’accueil et à l’amour du prochain, au service, à l’éducation, à la prise en charge de toute détresse humaine. Tout cela a été mis en chantier, avec des hauts et des bas, au monastère de Montbareil.

 Charles de Blois, Françoise d’Amboise

Outre les saints tutélaires du monastère, celui-ci honore également saint François d’Assise, universellement révéré, et deux bienheureux dont l’histoire a croisé celle des guingampais.
En premier lieu, il s’agit du bienheureux Charles de Blois (1319-1354), duc de Bretagne, qui mourut à la bataille d’Auray. Béatifié par Pie X en 1904, il était populaire à cette époque. Il est représenté sur un vitrail de 1901(avant sa béatification, donc), sous le blason des ducs de Bretagne.

François de Sales & Charles de Blois -  voir en grand cette image
François de Sales & Charles de Blois

En second lieu, nous avons la bienheureuse Françoise d’Amboise (1427-1485) que Pie IX avait béatifiée en 1863. Elle avait été l’épouse de Pierre II (1418-1457) qui, avant de devenir duc de Bretagne, fut comte de Guingamp, où fit construire le château dont il nous reste quelques pierres vénérables. Veuve, elle fit construire à Vannes le premier Carmel de France

N-D de Bulat & Françoise d'Amboise -  voir en grand cette image
N-D de Bulat & Françoise d’Amboise
Blason de Françoise d'Amboise -  voir en grand cette image
Blason de Françoise d’Amboise

 Conclusion

Ce n’est pas sans émotion que l’on rend compte de la disparition de ce lieu de prière et de charité. On se dit cependant que toutes ces valeurs évangéliques sont désormais notre héritage. À nous de les mettre en œuvre avec les moyens d’aujourd’hui !

 Photos en complément

1) Deux bâtiments, le deuxième ayant été aménagé en internat pour les élèves du Lycée de Montbareil (internat désormais transféré près du Lycée Notre-Dame)

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2) photos de statues prises ici ou là dans le monastère deux Vierges à l’Enfant, et Saint Joseph.
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3) Vitraux de la chapelle

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Outre les vitraux déjà évoqués, il faut mentionner celui du chœur, réalisé par le verrier Piriou, de Lannion, en 1965.

Mention du verrier Piriou de Lannion (1865) -  voir en grand cette image
Mention du verrier Piriou de Lannion (1865)

Il représente dans sa partie haute Jésus remettant à Saint Pierre les clés du Royaume des cieux. Une citation latine de l’évangile de Matthieu (Mt 16, 19) est placée au bas de ce tableau : « Quodcumque ligaveris super terram erit ligatum et in cœelis, et quodcumque solveris super terram, erit solutum in cœlis.Math Cap. XVI » (= tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux - Traduction TOB).

Vitrail du chœur (Piriou, 1865), partie haute, St Pierre reçoit les clés du Royaume -  voir en grand cette image
Vitrail du chœur (Piriou, 1865), partie haute, St Pierre reçoit les clés du Royaume

Sa partie basse représente la Cène, avec une citation de l’évangile de Luc (Lc 22, 19-20) : « Hoc est corpus meum quod pro vobis datur. Hoc facite in meam commemorationem. Hic est calix novum testamentum in sanguine meo, quod pro vobis fundetur. Luc Cap 22 » (= Ceci est mon corps donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous - Traduction TOB).

Vitrail du chœur, partie basse, la Cène -  voir en grand cette image
Vitrail du chœur, partie basse, la Cène

Les autres vitraux furent exécutés en 1901, après une série de travaux dans la chapelle. Leur auteur n’a pas encore été identifié. L’année 1901 est notifiée au bas du vitrail de Charles de Blois, vitrail donné par Mme L’hôtellier.

Don d'un vitrail de 1901 -  voir en grand cette image
Don d’un vitrail de 1901

Précisons le sens de celui qui se trouve dans l’oculus de la façade de la chapelle. Il s’agit d’un mi-parti, avec à gauche l’emblème des Sœurs de la Croix (Croix couronnée d’épines) et à droite celui de Guingamp. La ville et le monastère avaient réalisé des travaux communs, dont une portion de route.

Blason mi-parti : à g. l'emblème des sœurs de la Croix, à d. le blason de Guingamp -  voir en grand cette image
Blason mi-parti : à g. l’emblème des sœurs de la Croix, à d. le blason de Guingamp

4) Autres photos

Pierre portant le monogramme de Jésus (haut) et de Marie (bas) -  voir en grand cette image
Pierre portant le monogramme de Jésus (haut) et de Marie (bas)
Chapelle privée des Sœurs du Christ -  voir en grand cette image
Chapelle privée des Sœurs du Christ
Vierge à l'Enfant au sommet du retable du chœur. -  voir en grand cette image
Vierge à l’Enfant au sommet du retable du chœur.

[iLes citations sont extraites d’articles de Simonne Toulet et de Jeannine Grimault, parus dans la revue Amis du Patrimoine de Guingamp (n° 10, puis n° 44-45) . Nous ne saurions trop recommander la lecture de ces articles qui examinent l’histoire et également le rôle social des religieuses qui se sont succédé dans le couvent de Montbareil depuis 1676. On peut encore trouver la version numérisée de la revue dans les librairies, et en consulter la collection à la médiathèque de Guingamp.
Merci aussi aux dernières occupantes du monastères, les Sœurs du Christ, qui nous ont autorisé à prendre ces photos avant la mise en vente des lieux.
Voici en outre quelques liens utiles :


Portfolio

Saint François d'Assise & Saint Vincent de (...)

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