La nouvelle traduction du Notre Père

mardi 28 novembre 2017
par  Jef Philippe
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À partir du dimanche 3 décembre, les catholiques francophones adopteront une nouvelle traduction du Notre Père, plus exactement d’un passage de cette prière. Au lieu de « Ne nous soumets pas à la tentation » il faudra dire « Ne nous laisse pas entrer en tentation… » Pour limitée qu’elle soit, cette modification n’en a pas moins un sens théologique très profond.

 Un problème de traduction, d'abord.

La nouvelle version s’inscrit dans un travail collectif de plus de 70 spécialistes qui ont procédé à une nouvelle traduction de la Bible, approuvée par le Vatican (Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le 12 juin 2013).

C’est en 1966 que fut remplacée une plus ancienne formule : Ne nous laissez pas succomber à la tentation par celle dont nous avons l’habitude : Ne nous soumets pas à la tentation. Cette traduction, alors approuvée par les Protestants et les Orthodoxes, ne satisfaisait personne car elle semblait dire que Dieu pouvait en quelque sorte nous piéger en nous « soumettant » à une épreuve, ce qui lui aurait attribué une responsabilité dans l’incitation au mal… Au contraire, la nouvelle formulation exprime la confiance de l’homme en Dieu qui nous aide à lutter contre le mal.

Cette nouvelle traduction met davantage l’accent sur la communion avec le Christ qui a connu la tentation, expliquait en 2013 Mgr Bernard Podvin, alors porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF). Les Évangiles en effet disent que Jésus fut conduit par l’Esprit au désert pour y être tenté (Mt 4,11). Par ailleurs, à Gethsémani, Jésus demande à ses disciples de prier « pour ne pas entrer en tentation » (Mt 26,41). Par l’actuelle formule, nous demandons au Père la force de lutter efficacement contre la tentation, comme l’a fait Jésus.

Les exégètes précisent que Ne nous laisse pas entrer en tentation est plus proche du texte grec d’origine, dans les Évangiles de Matthieu et Luc.

 L'image du Père

Paule (22) calvaire route de Gourin : Père de Miséricorde
Paule (22) calvaire route de Gourin : Père de Miséricorde

Une bonne partie de l’enseignement de Jésus a consisté à restaurer l’image du Père. Pour Jésus, le Père n’est pas cette puissance écrasante que révèle parfois l’Ancien Testament, et dont l’image persiste encore, hélas, chez nombre de chrétiens. Celui que le Seigneur ose appeler « Abba », (Papa) est le Dieu d’Amour, n’ayant rien de commun avec une espèce de « Jupiter tonnant » qui manipulerait les hommes. Le Père ne nous inflige pas des épreuves au-dessus de nos forces. En le priant de « ne pas nous laisser entrer tentation », nous lui demandons d’être lui-même notre force dans le combat contre le mal.
Consacrer tant d’énergie à traduire un si bref passage d’évangile, c’est reconnaître que chaque époque, chaque génération doit essayer de s’approprier le sens profond des paroles du Christ. Il est passionnant de savoir que ce sens est inépuisable !

 E brezhoneg ivez ! en breton aussi !

Nous illustrons cet article avec une vue de la traduction en langue bretonne du Pater, où l’expression qui en français a posé problème est traduite par na bermettit ket e kouezfemp en tentasion (ne permettez pas que nous tombions en tentation). La traduction en breton moderne (en usage depuis des années) est bien conforme à celle que propose la nouvelle formule en français : n’hon lezit ket da gouezhañ en temptadur. On pourra lire à ce sujet sur le site diocésain l’article Mémoire bretonne : la première édition du Notre Père en breton.

Jérusalem, le « Pater » en breton
Jérusalem, le « Pater » en breton

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