Dans l’impossibilité de recevoir le sacrement de l’eucharistie, comment « communier spirituellement » ? Enregistrer au format PDF

Lundi 27 avril 2020
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Quand on est dans l’impossibilité de recevoir la communion eucharistique (comme on peut le faire au cours d’une messe), l’Église propose de faire un acte de communion spirituelle. Celle-ci consiste à désirer avec foi et amour recevoir Notre Seigneur dans le Sacrement de l’Eucharistie.

Voici quelques éléments de réflexion qui peuvent nous guider alors que, confinés, nous ne pouvons nous réunir pour vivre la messe comme par le passé. C’est sans doute aussi l’occasion de prendre conscience de ce que signifie pour l’Église et pour chaque fidèle le mot « communion » : trop souvent on communie par habitude, sans prendre conscience de la profondeur de ce sacrement. On trouvera ensuite une prière pour accompagner cet instant de « communion de désir ».

Les moyens modernes de communication peuvent aider à prier
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Nous sommes le Corps du Christ

Une remarque, cependant : communier au corps du Christ, c’est aussi une communion fraternelle, une solidarité avec nos frères et sœurs, sans laquelle nous restons dans l’illusion. Ainsi, tout acte fraternel, tout geste de solidarité (relisons le chapitre 25 de l’évangile de Matthieu) est communion au Christ. Il faut prendre en compte tout cela. On emploie parfois l’expression : « le sacrement du frère ». C’est ce que nous rappelle le père Xavier de Guibert, dans son message publié sur le site web de la paroisse de Bégard : « Cette période de confinement que nous traversons et qui nous empêche de nous rencontrer nous aide à redécouvrir que, au-delà de la communion physique, il y a entre nous une vraie communion spirituelle et les temps difficiles que nous traversons ne doivent pas nous renfermer sur nous-mêmes, mais au contraire nous rendre plus attentifs les uns aux autres en particulier ceux qui sont seuls, ceux qui travaillent dans les Ehpads, les hôpitaux, au service ses malades. »

D’après saint François de Sales

Saint François de Sales (1567-1622) l’écrivait ainsi : « Mais quand vous ne pourrez pas avoir ce bien de communier réellement à la sainte messe, communiez au moins de cœur et d’esprit, vous unissant par un ardent désir à cette chair vivifiante du Sauveur » (Introduction à la vie dévote, 20 part., chap. 21). En cela il se conformait à la doctrine du Concile de Trente (1545-1563). Ce dernier (session XIII, chapitre VIII) indique : certaines personnes "reçoivent l’Eucharistie par une Communion seulement spirituelle, qui, se nourrissant par le désir de ce Pain céleste placé devant eux, en sentent le fruit et l’utilité en vertu de cette foi vive que la charité rend féconde."

D’après saint Augustin

St Augustin (abbaye de Mondaye)
St Augustin (abbaye de Mondaye)

Longtemps auparavant, saint Augustin (354-430) avait déjà abordé cette question. "Si tu veux savoir ce qu’est le corps du Christ, écoute l’Apôtre [Paul] dire aux fidèles : « Vous, vous êtes le corps du Christ et ses membres » (1 Co 12,27). Puisque donc vous, vous êtes le corps du Christ et ses membres, c’est votre mystère à vous qui est placé sur la table du Seigneur ; c’est votre mystère que vous recevez. C’est à l’affirmation de ce que vous êtes que vous répondez : Amen, et votre réponse est comme votre signature. On vous dit : « Le corps du Christ », et vous répondez : « Amen ». Soyez donc membres du corps du Christ, pour que soit vrai votre amen. (…) Soyez ce que vous voyez, et recevez ce que vous êtes.
(Augustin, Sermon 272, PL 38,1247, trad. E. Mersch, Le corps mystique du Christ, Bruxelles, Edition Universelle, 1935, p. 115 repris dans L’Eucharistie, 20 siècles d’histoire, Présenté par F. Tollu, Paris, Cerf, « Textes en main », p. 52-53. Ce passage est un extrait d’un important article que nous vous conseillons de lire, et dont voici le lien (merci au Service National de la Pastorale Liturgique et Sacramentelle pour son autorisation) : https://liturgie.catholique.fr/accueil/la-messe/la-liturgie-eucharistique/302794-communion-spirituelle-fideles-discernement-acces-communion-sacramentelle/

Messe d’âme

Par ailleurs, pour nourrir votre réflexion, voici un passage d’un livre de spiritualité écrit par un père chartreux, Dom Augustin Guillerand. Notez bien que dans cette méditation de c’est une femme qui s’exprime.

"Mon Dieu, je n’irai pas dans votre demeure de pierre aujourd’hui : je suis immobilisée dans la mienne et grande est la distance qui nous sépare.

Votre vraie demeure c’est notre âme et c’est notre amour : « si quelqu’un m’aime, avez-vous dit, il garde mes commandements et nous viendrons en lui et nous y demeurons » (Jn 14, 23). Mon âme est donc un sanctuaire où vous résidez. Je puis vous y rejoindre, vous adorer, vous aimer, vous parler, vous dire mes besoins, ma faiblesse et aussi, pourquoi pas, mes bons mouvements et mes efforts. Je puis vous confier mes petites peines et les unir aux vôtres qui furent si grandes ; je puis m’offrir à vous, avec tout ce que j’ai d’être et de vie, pour que vous fassiez de moi ce que vous voudrez … Je suis si sûre que ce que vous en ferez sera mon plus grand bien et votre plus grande gloire ! Je puis vous demander de vous donner à moi, de me communiquer ces vertus qui me manquent et que vous possédez si parfaitement. Vous aimez tant cela, vous donner ! Car vous êtes l’Amour même, c’est-à-dire le don de soi.

S’offrir, se sacrifier, se donner, n’est-ce-pas là ce qui se fait à la Messe ? Offrande, immolation, communion. Je puis donc assister à une Messe dans le temple de mon âme. Elle sera dite par vous et pour moi seule ! Elle sera une heure douce et féconde dans la silencieuse solitude de mon Dimanche."

Extrait de Prière cartusienne, de Dom Augustin Guillerand, chartreux (p. 66-67), Correrie de la Grande Chartreuse, 1981.

Acte de communion spirituelle

Seigneur Jésus, je crois fermement que Tu es présent dans le Saint Sacrement de l’Eucharistie. Je T’aime plus que tout et je Te désire de toute mon âme. « Après toi languit ma chair comme une terre assoiffée » (psaume 62). Je voudrais Te recevoir aujourd’hui avec tout l’amour de la Vierge Marie, avec la joie et la ferveur des saints. Puisque je suis empêché de Te recevoir sacramentellement, viens au moins spirituellement visiter mon âme. En ce temps de carême, que ce jeûne eucharistique auquel je suis contraint me fasse communier à Tes souffrances et, surtout, au sentiment d’abandon que Tu as éprouvé sur la Croix lorsque Tu t’es écrié : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ». Que ce jeûne sacramentel me fasse communier aux sentiments de Ta Très Sainte Mère et de Saint Joseph quand ils T’ont perdu au temple de Jérusalem, aux sentiments de Ta Sainte mère quand elle Te reçut, sans vie, au pied de la Croix. Que ce jeûne eucharistique me fasse communier aux souffrances de Ton Corps mystique, l’Église, partout dans le monde où les persécutions, ou l’absence de prêtres, font obstacle à toute vie sacramentelle. Que ce jeûne sacramentel me fasse comprendre que l’Eucharistie est un don surabondant de Ton amour et pas un dû en vue de mon confort spirituel. Que ce jeûne eucharistique soit une réparation pour toutes les fois où je T’ai reçu dans un cœur mal préparé, avec tiédeur, avec indifférence, sans amour et sans action de grâce. Que ce jeûne sacramentel creuse toujours davantage ma faim de Te recevoir réellement et substantiellement avec Ton corps, Ton sang, Ton âme et Ta divinité lorsque les circonstances me le permettront. Et d’ici là, Seigneur Jésus, viens nous visiter spirituellement par Ta grâce pour nous fortifier dans nos épreuves. Maranatha, viens Seigneur Jésus. Amen.