Maurice Échevest, diacre : Homélie du dimanche 10 février 2019 Enregistrer au format PDF

Jeudi 14 février 2019
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5e dimanche C – Dimanche de la santé - (Is 6, 1-2a.3-8/ Ps 137/ 1 Co 15, 1-11/ Lc 5, 1-11.) Vopici l’homélie donnée par le diacre Maurice Échevest le dimanche 10 février à la basilique Notre-Dame de Bon Secours.

« Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager » ? demande le Seigneur Dieu dans le livre du prophète Isaïe. Dans une vision, Isaïe décrit une manifestation de Dieu dans sa puissance et il prend peur. En effet, il se sait impur et il sait que son peuple lui aussi est impur. De plus, il a vu le Roi de l’univers et pense donc être maudit. Mais voilà qu’un séraphin vient vers lui et le purifie à l’aide d’un charbon brûlant en lui touchant les lèvres. Il l’assure que désormais il n’a plus rien à craindre, ses péchés sont pardonnés. Alors à la question du Seigneur « Qui enverrai-je », Isaïe répond, « me voici, envoie-moi ». Il se met ainsi au service de Dieu pour « porter sa parole » au milieu de son peuple. Il n’a plus peur puisque c’est Dieu lui-même qui l’a purifié et qui l’envoie.

De même, après avoir enseigné sur les bords du lac de Génésareth, Jésus met à l’épreuve Simon-Pierre et ses compagnons en leur demandant de jeter leurs filets là où ils ont peiné toute la nuit sans rien prendre. Ils sont surpris, mais, comme c’est le Maître qui le leur demande, ils s’exécutent et sont très vite troublés par la quantité de poissons qu’ils viennent de prendre dans leurs filets. Il est probable que cet homme dont ils ne savaient pas grand-chose les fascinait déjà par son enseignement et devant ce miracle qui vient de se réaliser sous leurs yeux, ils décident de tout quitter et de le suivre. Nous savons que Pierre et ses compagnons, les Apôtres, seront envoyés par Jésus lui-même pour répandre son Evangile à toutes les nations.

Voici donc deux récits d’envoi en mission, distants de nous de plusieurs siècles, qui nous montrent le même souci de Dieu : prendre soin de son peuple et lui faire parvenir sa Parole à travers les âges. Cette Parole de Dieu annoncée par son Fils Jésus Christ est arrivée jusqu’à nous. Mais il a fallu pour cela, que des hommes et des femmes, habités par ce message que l’on appelle « La Bonne Nouvelle », fassent, pour certains et dans toutes les générations, le don de leur personne. L’histoire, nous le savons, est riche de toutes ces vies consacrées à témoigner de ce qu’ils ont reçu afin de le transmettre aux générations suivantes.

Oui, ce sont des témoins d’une Bonne Nouvelle comme l’affirme le thème de ce dimanche de la santé. Et on peut s’interroger sur ce qu’est "être un témoin". Devant un tribunal, c’est celui qui est appelé à dire fidèlement ce qu’il a vu et entendu afin d’éclairer la vérité. C’est capital pour que la justice soit rendue de la manière la plus impartiale possible.

Dans une course à pied en relais, le témoin c’est ce bâton que les coureurs se passent l’un à l’autre pour « faire équipe » d’une part mais aussi pour attester qu’il n’y a pas de triche dans la succession des participants.
Un témoin c’est donc celui qui transmet dans la plus grande fidélité ce qu’il a reçu, ce qu’il a découvert, ses convictions profondes, ce qui donne sens à sa vie. St Paul est de ceux-là. Après avoir persécuté les premiers chrétiens, il a été saisi par le Christ sur le chemin de Damas. Dès lors, il n’a eu de cesse de témoigner de ce qu’il a reçu, malgré son indignité : « l’avorton que je suis », comme il le dit dans sa lettre aux Corinthiens. En fondant des communautés un peu partout dans le monde méditerranéen, il propage inlassablement sa foi en celui qui est désormais son Maître et pour qui il ira jusqu’à donner sa vie.
Nous voyons ici que Dieu se sert de l’homme pour transmettre sa Bonne Nouvelle sans se soucier de sa perfection. Que ce soit Isaïe, Pierre ou Paul, aucun ne se sent digne de la mission qui lui confiée. Mais avec la grâce de Dieu, ils sont capables de faire bien plus que ce que leurs propres forces ne leur permettent de faire.
Nous-mêmes, nous sommes bien indignes des missions qui nous sont confiées et si nous les acceptons, c’est, la plupart du temps que nous sommes poussés par L’Esprit que nous avons reçu au baptême. Cet Esprit fait de nous des disciples missionnaires, oh ! bien modestement sans doute ! Etre disciple missionnaire, c’est tout d’abord rester fidèle à notre baptême, c’est essayer de vivre le plus harmonieusement possible avec notre foi et ainsi, être de modestes témoins là où la vie nous mène. Bien sûr, nous devons annoncer la Bonne Nouvelle quand c’est possible, mais c’est surtout notre manière de vivre et d’agir avec les autres qui témoigne de la foi qui nous habite.

Nous ne pouvons probablement pas faire de grandes choses, mais c’est le plus souvent dans la discrétion que nous sommes le plus efficaces. Regardons le grain de blé semé en terre. Il ne fait pas de bruit et pourtant sans qu’on l’aperçoive, il germe puis il grandit et donne beaucoup de fruit. De même, notre mission est de semer sans nous soucier de la récolte. Laissons à l’Esprit Saint le soin de faire son travail. Souvenons-nous de cette parole de Bernadette lorsque les autorités civiles et religieuses tentaient de la mettre en difficulté à propos des apparitions à la grotte de Massabielle : « je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire ». Humilité, douceur, constance dans les convictions et les déclarations de cette jeune fille fragile ont permis que depuis 160 ans, des millions de pèlerins convergent chaque année vers ce lieu saint.
Nos frères et sœurs malades, âgés, attendent de nous cette même humilité, cette même douceur avec de surcroît la tendresse et la compassion dans nos visites. Ainsi, à travers nous, c’est la présence aimante de Dieu qu’elles pourront percevoir. Alors, à chaque fois que c’est possible, ne leur refusons pas ce réconfort. Maurice Échevest, diacre permanent